Annexes

Étude de marché du projet d’édition en ligne de la Fondation littéraire Fleur de Lys (2002)

Table des matières

  • Résumé des engagements envers les auteurs
  • Quelques notes tirées de la cueillette d’information
  • Forum aux questions

Résumé des engagements envers les auteurs

Notre tout premier engagement :

  • offrir un service courtois et intelligent

Étape 1

  • Accusé de réception du manuscrit.

Étape 2

  • Analyse de l’ouvrage sous l’angle de la conception d’un livre (titre, pagination, table des matières, mise en page, index, couvertures, et autres) et, s’il y a lieu, recommandation à l’auteur.
  • Attribution du numéro ISBN.
  • Conception, mise en page et production des maquettes d’imprimerie (numérique et papier)

Étape 3

  • Mise en ligne du livre
  • Promotion
  • Programme Un don = Un livre («vente»)
  • Envoi des exemplaires pour le dépôt légal à la suite du premier tirage papier.
  • Paiement des redevances

Quelques notes tirées de la cueillette d’informations de l’étude de marché

Les sources ne sont pas indiquées pour alléger l’annexe.

Les promoteurs ont réuni plus de 15,000 pages d’informations traitant de l’édition électronique lors d’une première cueillette d’informations. Ils sont en voie de doubler cette quantité d’informations au moment où vous prenez connaissance de ce document. L’analyse de ces données sera communiquée aux partenaires éventuels du projet. Chaque paragraphe présente une citation.

  • Avantages du numérique : – produire que ce qui se vend, ce qui fait disparaître les surcroîts liés aux stocks ; – rendre la distribution plus efficace : elle est instantanée et ne connaît pas les contraintes géographiques. Que faire des économies réalisées grâce au numérique? 1. partage entre éditeurs, auteurs, lecteurs ; 2. investir dans la sécurité.
  • Lorsqu’un livre coûte 100 francs (21.50$ can) à produire et à diffuser dans l’édition traditionnelle, ça ne coûte que 8 francs (1.70$ can) dans l’édition numérique. Pour une œuvre littéraire disponible à 100 francs (21.50$ can), les internautes estiment à environ 50 francs (10.75$ can) pour une édition téléchargeable.
  • Les nouvelles technologies permettront de publier à moindre coût des livres qui, autrement n’auraient jamais été publiés sous forme papier.
  • Les internautes qui achètent des livres sur Internet sont généralement de gros acheteurs de livres (+ de 30 livres/an), et qui achètent aussi des livres dans les librairies.  
    Pour les textes longs, la majorité des personnes sondées en font une lecture immédiate, qu’elle soit intégrale (36% des répondants) ou partielle (41% des répondants). Par ailleurs 23% des personnes impriment les textes pour les lire plus tard et 23% les enregistrent sur un support numérique.
  • Internet sert presque autant à fournir des informations sur les livres (pour 66% des répondants) qu’à accéder directement à ceux-ci (pour 63% des répondants). Il apparaît donc qu’Internet est à plusieurs titres complémentaire voire promoteur de l’accès aux livres. Internet a permis à une très forte proportion des répondants (83%) de découvrir un ouvrage, plutôt qu’un auteur (55%).
  • Le fait de ne pas avoir facilement accès à un livre renchérit légèrement sa valeur: dans ce cas, 23% des répondants (contre 11% si l’ouvrage est aisément disponible) se prononcent pour un prix égal ou supérieur à sa valeur de référence.
  • Avec plus d’audace, Fatbrains, qui vend en ligne des livres techniques, vient de lancer eMatter, un site sur lequel les auteurs (ils sont déjà 5,500) fixent eux-mêmes le prix de vente de leurs titres, et reçoivent « au moins 50% des rentrées » (alors que les droits d’auteur moyens sont de 5% chez la plupart des éditeurs américains).
  • Albin Michel envisage d’ailleurs de commercialiser des livres en ligne à un prix inférieur de plus de 70% à celui du papier. En cassant ainsi les prix, Internet pourrait prendre le dessus sur le papier et le concurrencer sérieusement. (Il vaut donc mieux que les éditeurs papier contrôlent cette concurrence en s’impliquant dans le secteur électronique).
  • Aux États-Unis, des études ont montré que les gens étaient prêts à payer un livre numérique la moitié de son prix papier.
  • La fluidité de circulation de l’oeuvre électronique rendrait les éditeurs (et parfois les auteurs) plus exigeants encore sur les revenus qu’ils en attendent.
  • Les besoins de l’édition électronique peuvent se résumer à trois éléments: 1. disposer d’une structure éditoriale; 2. disposer des moyens informatiques et humains pour la mise en forme et la distribution de fichiers par les réseaux; 3. disposer des ressources financières pour rétribuer les auteurs.
  • Avec l’oeuvre numérique distribuée par les réseaux et donc sans support de stockage (disquette, CD ROM ou autre type de mémoire électronique, les éléments constituant l’essentiel du prix d’un livre disparaissent. Dès lors, la valeur d’une oeuvre doit bien davantage se définir par rapport à elle-même.
  • C’est à l’auteur que doit revenir le pouvoir de fixer la rémunération de son travail comme le font les sculpteurs ou les peintres sans se préoccuper du nombre de regards qui se poseront sur leur oeuvre.
  • Livres offerts gratuitement – Les lecteurs seraient invités à pourvoir aux ressources sous forme de dons.
  • Désormais, on peut éditer son texte et avoir un retour assez concret des lecteurs, puis avancer avec ça. Le Web offre en quelque sorte une possibilité évolutive au texte et ça c’est assez unique.
  • Des gens (les éditeurs numériques) découvrent des textes sur le Web ou font appel à des auteurs reconnus et leur disent : « Vous pouvez écrire de manière plus libre, en prenant peut-être plus de risque, parce que moi, en tant qu’éditeur, je n’ai pas à imprimer deux milles exemplaires pour que l’affaire soit rentable. Le réseau offre la possibilité de prendre plus de risque que dans le circuit papier.
  • Il faudrait pouvoir accéder librement sur le Net à tous les textes (…). Je suis convaincu que cela favoriserait la promotion des oeuvres imprimées sur papier ou éditées sur d’autres supports. Chacun sait qu’il est très difficile de lire un livre sur son écran d’ordinateur. Au-delà de trois ou quatre pages, on éprouve le besoin d’imprimer. Donc cela n’épuiserait pas le désir d’achat, tout au contraire.
  • La dématérialisation du net favorise un aspect communautaire, d’échange, quelque chose d’essentiel pour le livre.
  • Car la facilité de « surfer » sur l’Internet, et la démultiplication des liens de l’hypertoile ouvrent sur un infini virtuel de lecteurs potentiels dont il est impossible de préjuger les appétences et compétences.
  • Explication du nombre d’exemplaires à la baisse pour qualifier un succès de vente : (…) on peut incriminer le trop grand nombre de publications, la baisse d’intérêt pour la lecture etc. mais je préfère le relier (cet état de fait) à la crise éditoriale française, qui date des années soixante-dix : celle-ci, après avoir vécu sur ses rentes durant un siècle, a soudain découvert la concurrence internationale et en a épousé les méthodes : diffusion en un temps limité, valorisation des best-sellers, association avec d’autres industries de masse, comme la presse et l’audiovisuel, autonomisation des centres de diffusion/distribution. La durée de vie « s’abrégea (alors) d’années en années ». Aussi, 10 mois après sa parution, un ouvrage érudit comme « L’école républicaine et les petites patries » de Jean-François Chanet (Parie Aubier, 1996) était disponible dans une seule librairie parisienne. (Internet assure une durée de vie maximale, voire infinie, pour autant que l’on adopte aucune discrimination des œuvres en fonction de leur âge).
  • La mesure des pratiques du lectorat peut aussi mener à favoriser la publication de textes brefs, puisque les textes de plus de 5 pages ne semblent pas être lus. De telles analyses sont en fait erronées : les pages non-lues sont souvent des pages non-vues. En effet, on oublie fréquemment que la moitié du lectorat est constituée de machines pures (sans humains derrière les claviers) : dans une première estimation qui ne mesure pas l’incidence des caches, les indexeurs (moteurs de recherche) sont responsables de la moitié des accès à notre site.
  • Ici, nous touchons à un phénomène essentiel dans la promotion-réception des pages Internet. Il existe en effet deux méthodes pour faire connaître un serveur: 1. l’une concentre toutes les modalités techniques du bouche à oreille : envois de mails collectifs, participation à des listes de discussion (ou gestion de ces listes) etc.; 2. l’autre renvoie à un lecteur autonome, qui interroge des indexeurs pour obtenir des informations précises. Cela suppose que le serveur soit régulièrement référencé (après trois mois, les indexeurs «oublient» de revenir) et que les pages soient construites d’une façon qui corresponde à l’algorithme de l’indexeur : en effet, la majorité des moteurs de recherche n’effectuent leur indexation que sur l’équivalent de la première demi-page d’un document, mots-clés inclus. Ce qui signifie que 95% des mots d’un texte de 10 pages ne seront jamais indexés.
  • La publication sur Internet étant la meilleure manière de renouveler les corpus et de mettre les textes en valeur, on appréciera particulièrement les sites qui publient des textes rares, épuisés ou inédits, des manuscrits et des archives locales, des correspondances et des ouvrages souvent cités mais introuvables en librairie.
  • Les innovations technologiques qui se sont affirmées d’une façon tumultueuse au cours de ces dernières années au niveau des grands réseaux informatiques et la véritable révolution qui a bouleversé le domaine des télécommunications, tout cela a inévitablement investi la filière du livre toute entière. Ce terme « inévitablement » explique assez bien que la révolution potentielle en cours dans le monde de l’édition est plutôt vécue passivement par les éditeurs et non pas gérée d’une façon active par ceux-ci. Dans un bref délai, les effets des éléments innovateurs produiront certainement une rupture au niveau de la résistance psychologique que le milieu éditorial exprime actuellement (…).
  • Les maisons d’édition ne sont plus des entreprises qui produisent et vendent des marchandises sous forme de livres, mais des « banques de données » qui diffusent des contenus culturels à travers des systèmes différents.
  • Ce panorama révèle des innovations remarquables : 1. la possibilité de négocier la seule version numérique des textes appartenant à d’autres éditeurs. Une telle modalité de consommation est enrichie par la possibilité de transformer le texte en hypertexte; 2. la possibilité de créer une « communauté de lecteurs », qui à travers le site, communiquent entre eux, avec les auteurs et l’éditeur, en réalisant un rapport tout à fait nouveau entre producteur et consommateurs du produit éditorial; 3. la possibilité de mettre en ligne des textes nouveaux pour la diffusion numérique sans exclure qu’un nombre de commandes pourrait justifier la production d’un lot de volumes imprimés sur papier, en utilisant la technologie numérique ou bien offset selon la quantité demandée.
  • Que perdons-nous du système actuel ? Il n’est plus nécessaire de fixer à priori le tirage des livres, en « amont » du marché. Les technologies actuelles imposent un tirage minimal; parfois ce sont les exigences de la structure commerciale qui imposent des tirages élevés, en ayant comme objectif celui d’occuper de l’espace dans les points de vente. Jamais plus de titres invendus qui reviennent au stock de l’éditeur. Jamais plus d’investissements typographiques à l’aveuglette ou sur la base du seul « flair » de l’éditeur. On résout le problème du « bouchon » distributif déterminé par le nombre excessif de titres proposés au marché par rapport à la dimension du réseau de la librairie destiné à le recevoir : grâce à Internet le marché redevient varié, de niches, et surtout potentiellement mondial. Tous les livres auraient la même opportunité d’être présentés sur le marché, indépendamment de l’ampleur de leur marché, de la localisation géographique des lecteurs et du moment de la commande, éléments qui jouent aujourd’hui un rôle « censeur » : la « vitesse de rotation du produit  » devient la règle d’or qui régit le marché. N’ayant plus les frais de typographie a priori, le point mort de rentabilité de chaque livre, qui coïncide avec les seuls coûts de rédaction et de pré-impression, est beaucoup plus avantageux. La rédaction pourra « inventer » de nouvelles formes et des modalités plus raffinées de bio-bibliographies ou de notes d’approfondissement sous forme d’hypertextes reliés directement sur Internet.
  • Beaucoup d’éditeurs de culture se trouvent dans la condition de ne pas atteindre des niveaux de rentabilité suffisante non pas à cause de l’absence d’un public disposé à acheter les livres publiés, mais à cause de l’incapacité à l’atteindre de façon efficace. En même temps, beaucoup de lecteurs vivent la frustration régulière de ne pas trouver dans les librairies les livres qu’ils cherchent (un récent sondage a estimé à 35% le pourcentage de personnes qui ne trouvent pas le livre qu’elles cherchent).
  • Le bibliothécaire éditeur : édition d’inédits, manuscrits, livres rares, hors catalogue, du fonds, du domaine public tout comme de titres protégés par le droit d’auteur non plus repérable sur le marché et après négociation du droit d’auteur.  
    Nous sommes au début d’une révolution informatique et numérique. Le slogan « si tu n’y est pas, tu n’y seras pas » rend assez bien l’idée. La capacité de prévision est donc fondamentale.
  • Le livre, et l’usage commercial qu’on en fait, ont une histoire ponctuée par les innovations techniques et technologiques. L’événement le plus connu est évidemment Gutenberg et l’invention de l’imprimerie mais d’autres ont aussi jalonné son histoire : l’arrivée du papier, la naissance de l’informatique, le développement des bibliothèques, le perfectionnement des outils de repérage… Aujourd’hui, avec le numérique, le livre subit de plein fouet une révolution, que certains considèrent comme aussi importante que l’invention de l’imprimerie. Au regard de l’histoire, il apparaît cependant qu’aucun média nouveau ne détrône complètement un plus ancien. Nous sommes en face d’un schéma d’accumulation plus que de disparition. La télévision, la radio n’ont pas « tué » la lecture, même si le temps que nous lui consacrons a été diminué. De même le numérique va développer de nouvelles pratiques sans pour autant anéantir le livre papier.
  • La vente par Internet n’est cependant pas une idée totalement novatrice. Elle peut apparaître en fait comme une forme aboutie de la Vente Par Correspondance (VPC).  
  • 400,000 titres (français) sont aujourd’hui disponibles alors que les ventes sont plutôt à la baisse. Il faut noter cependant que les livres de poche se vendent bien, tout comme les livres à 10 francs fr., et que les bibliothèques sont de plus en plus fréquentées. Il ne faut donc pas confondre baisse de la vente de livre et baisse de la lecture en tant que pratique culturelle. Ce sont deux notions liées, mais pas contradictoires.
  • La liaison entreprise-consommateur dans le commerce électronique compte quatre caractéristiques majeures : 1. marketing personnalisé (notion de traçabilité) qui implique les problèmes (la question) de la protection de la vie privée; 2. offre à moindre coût; 3. intermédiaires primordiaux (présence obligée sur les portails); 4. ouverture du marché à des nouveaux venus.
  • Le marché du livre semble plus particulièrement prometteur. Les livres ont été le produit le plus acheté sur le Net (31% des cyberacheteurs en auraient achetés). Les produits culturels sur Internet auraient donc un bel avenir devant eux.
  • Le livre se prête au commerce électronique parce qu’il est ultra adapté à la vente par correspondance en raison de : – l’étendue de l’offre qu’aucune librairie physique peut présenter; – produit ciblé sur les préférences de différents segments plus aisés à appréhender sur le Net par rapport à certains autres produits; – le consommateur ne gagnera rien sur le produit à se déplacer puisque ce dernier est le même qu’en librairie physique; – faible retour puisque la déception lors de l’acquisition du livre est d’un autre ordre que pour d’autres produits de consommation; – la vente en ligne est idéale pour faire circuler des livres dont la renommée n’est pas encore faite et ces derniers sont nombreux étant donné la grande production de livres.
  • Avantages de la vente en ligne de livres. 1. librairie : – zone de chalandise quasi illimitée; – peut toucher une clientèle éparpillée aux quatre coins du monde (ainsi des livres a priori peu vendeurs pourraient trouver leurs acheteurs); – marketing plus efficace; – connaissance de la clientèle plus précise. 2. Client : – finies les contraintes d’horaires, de lieux, de temps (On achète chez soi quant on veut); – aucune pression du vendeur; – offre inégalée par la librairie traditionnelle; – plus d’informations (recherche sur la base de données et la navigation sur le site permettent de plus de recueillir une foule d’informations).
  • Une librairie virtuelle se compose : – d’une base de données qui correspond au stock d’une librairie physique; – d’une vitrine et de services associés qui permettent de remplacer le contact physique dans une librairie traditionnelle : présentation d’ouvrages, critiques, liste de discussion, forum, dossier… ; – d’une facilité de paiement sécurisé via le Net (Ceci correspond au déplacement physique du client); – d’une logistique intégrée et efficace pour permettre l’acheminement rapide des livres vers le consommateur (Ceci correspond au déplacement physique du client dans une librairie réelle).
  • Sur Internet, 80% des pertes cumulées avant d’atteindre le point mort sont liées à l’exploitation contre 20% à la constitution d’un fonds de vente, soit exactement l’inverse pour la distribution en magasin (80% d’investissement en immobilisations corporelles, 20% de pertes d’exploitation).
  • Les coûts de marketing sont énormes, et ceci d’autant plus que les taux de transformation sont faibles. Quelque soit la librairie virtuelle, ils ne sont qu’entre 1 et 2% des visiteurs à finalement transformer leur visite en achat. C’est toute la contradiction des librairies sur le net: elles proposent toute une gamme de services qui font que le visiteur ne vient pas spécifiquement acheter en naviguant sur les pages de la librairie.  
    Les ventes sont beaucoup plus diversifiées sur Internet que dans une librairie réelle. Moins de best-sellers, plus de petits ouvrages à faible parution. Sur cent titres commandés, on dénombre 89 titres différents. C’est un phénomène d’anti-concentration, à l’opposé de ce que l’on observe dans les librairies physiques.
  • Certains voient dans le développement des librairies virtuelles une voie salvatrice pour la survie des ouvrages à faible tirage. La rapidité de la rotation des livres dans une librairie réelle, due à la production éditoriale grandissante, ne permet pas en effet de mettre en valeur des ouvrages à faible tirage ou audience. Internet pourrait être une réponse à la surproduction croissante. Des ouvrages peu médiatiques peuvent garder une présence dans les librairies virtuelles, même s’ils sont parus il y a un ou deux ans. Comme le dit Paul Adams, directeur commercial de la Harvard University Press, « Le commerce électronique améliore nos ventes du fonds, il réveille des titres un peu endormis».
  • Les éditeurs peuvent être tentés de vendre directement de leur site leurs ouvrages, sans passer par l’intermédiaire du libraire. Ils deviennent alors éditeurs et détaillants. Cette pratique reste néanmoins peu répandue. «Nous n’avons pas la vocation à réaliser des envois à l’unité» souligne Claude Cherki, PDG des éditions du Seuil. Malgré ce souci de ne pas fragiliser le réseau des librairies, les éditeurs vont de plus en plus être tentés de vendre directement.
  • On observe, par exemple, une vraie difficulté pour tout éditeur de produit culturel sous mode numérique : il s’agit de la juxtaposition de plusieurs générations de matériels terminaux. Il en résulte soit une offre réduite par rapport aux possibilités techniques les plus récentes pour tenir compte des performances des terminaux plus anciens, soit une offre performante au plan technique mais inadaptée à la plupart des équipements détenus par les ménages.
  • L’évolution des médias ne peut pas échapper à une nécessaire régulation. Plus encore, elle doit se confronter au discernement et à la responsabilité parce que tout ce qui est possible n’est pas nécessairement souhaitable ni bon, parce que tout ce qui est ne doit pas nécessairement être. / Le réseau Internet est de plein pied avec la culture de la liberté. C’est l’une des raisons de son succès. Il est incontestable que le numérique est un outil permettant de donner encore plus de contenu concret à l’article 19 de la Déclaration des Droits de l’Homme, à la revendication et à l’affirmation du bien commun qu’est la liberté d’opinion et d’expression. Mais la liberté ne peut pas être érigée en valeur unique. (La liberté va de pair avec l’Égalité et la Fraternité). / Croire que tout livrer en vrac constitue un progrès, serait en effet une erreur (…) La démocratie suppose une distance critique, temps reconnu à l’écoute et à la délibération, à la confrontation et au débat. La démocratie n’est pas la république des sondages ou de l’audimat. / Comme bouillon de culture pour l’émergence des idées, pour le débat, la critique, le numérique n’a pas d’équivalent. En revanche, pour le temps de penser, de réfléchir, nous aurons toujours besoin de fixité. C’est l’un des mérites d’un vrai travail d’édition de livres, Lire, c’est prendre son temps pour méditer sur un texte, pour créer ou recréer à son tour. Le complément indispensable au numérique est le temps nécessaire pour intérioriser une pensée.
  • Il faut amener les éditeurs à comprendre qu’avec les nouvelles technologies le temps de dissocier le contenu du support est arrivé.
  • Le paradoxe avec Internet, c’est que ça se développe toujours un peu en marge, dans les coins, un peu à l’insu des grandes normes, ou des grandes institutions censées gérer ce genre de développement technologique. (…), chaque étape importante de l’évolution du réseau s’est appuyée sur des centaines d’individus expérimentant et échangeant leurs expériences en marges des institutions pour lesquelles ils travaillaient. L’idée d’une mainmise des groupes industriels américains est donc plus que fragile, même si effectivement, les entreprises du secteur tentent de rattraper le réseau… qui court plus vite qu’elles.
  • Les mesures de respect : oui, mais de protection : non ! Et, quoiqu’il en sera, que cela n’aboutisse pas à freiner la création, tant il est vrai que chaque auteur en a digéré d’autres.
  • Une expérience intéressante existe concernant la littérature : le lyber. Il s’agit de présenter une oeuvre en lecture complète sur le web. Libre ensuite au lecteur d’acheter l’ouvrage papier qui pourra rémunérer l’auteur. On part du principe que le lecteur voudra conserver chez lui une trace de sa lecture s’il l’a jugée vraiment digne d’intérêt. C’est ainsi un bon moyen d’éliminer les oeuvres de mauvaise qualité.
  • J’envisage de déléguer largement la sélection des tapuscrits (manuscrit produit au clavier d’ordinateur – de “« taper » un texte”) aux auteurs eux-mêmes, qui compteraient ainsi entre eux sur les nouveaux venus.
  • Internet est un lieu sans passé, où ce que l’on fait ne s’évalue pas par rapport à une tradition. Il y faut inventer de nouvelles manières de faire les choses. (…) Le succès de l’édition en ligne ne dépendra pas seulement des choix éditoriaux : il dépendra aussi de la capacité à structurer des approches neuves, fondées sur les lecteurs autant que les textes, sur les lectures autant que l’écriture, et à rendre immédiatement perceptible qu’une aventure nouvelle a commencé.
  • Le département de production d’un éditeur deviendrait plutôt un département d’exploitation des ressources produisant des contenus dématérialisés et ensuite matérialisés sur différents supports. Le métier d’éditeur se révèle ainsi beaucoup plus riche et large.
  • En matière d’édition numérique, (…) permettre une impression pour utilisation personnelle est un excellent moyen de promotion de l’auteur et de son oeuvre. Même si c’est un exemplaire gratuit. Et quand cet auteur deviendra très connu, les mêmes éditeurs papier qui le boudent se jetteront dessus pour le publier alors qu’ils auraient à peine lu son manuscrit auparavant.
  • Plus d’illisibilité pour les internautes malvoyants : pour la première fois sur le web, un site dispose d’une page d’accueil, d’une interface « confort » de lecture qui permet, en fonction de son potentiel visuel, de choisir la couleur de l’écran, la taille et la grosseur de la police. Les pages vues à l’écran sont également imprimables selon le format défini.
  • L’enjeu est de taille : selon (…), le marché des rééditions de classiques ou d’ouvrages anciens représente aux États-Unis quelque 10 milliards de dollars et près de 40% du chiffre d’affaires de certains éditeurs.
  • Avec les technologies de l’information, les bibliothèques ont espéré faire d’une pierre deux coups. D’une part, elles avaient espéré améliorer l’accès à l’information, tant du point de vue de son actualité que de celui des capacités de recherche offertes à l’utilisateur. D’autre part, elles pensaient que les publications électroniques viendraient soulager leurs budgets déjà fortement entamés. Mais il n’en a rien été. Si les clients des bibliothèques sont certes ravis de disposer d’un plus grand nombre de contenus « en ligne » et d’une information plus à jour et facile à trouver grâce à des systèmes de requête améliorés, le coût des acquisitions électroniques a augmenté pour les bibliothèques et les conditions d’accès se sont dégradées. Si la reproduction d’ouvrages imprimés a été facilitée par la politique dite de « l’usage loyal » permettant la réalisation de copies privées moyennant une rémunération équitable des ayants droit, les publications électroniques font désormais l’objet d’une série de règles juridiques pesantes et de querelles juridiques.
  • Le premier problème que pose les publications électroniques aux bibliothèques concerne le stockage des publications électroniques. Les bibliothèques souhaitent pouvoir proposer un accès permanent aux documents électroniques, pas seulement ceux qui concernent les questions d’actualité, mais aussi les documents historiques. Or, la conservation des documents électroniques est beaucoup plus coûteuse que celle des ouvrages imprimés car elle nécessite une mise à jour régulière des programmes et des systèmes d’exploitation au moyen desquels les documents sont stockés et proposés à leurs utilisateurs. Les éditeurs ont tendance à se défausser de cette responsabilité, et les bibliothèques hésitent à consentir de lourds investissements dans ce domaine tant que leurs acquisitions sont sous licence. Par conséquent, les éditeurs devraient au minimum autoriser l’accès aux publications archivées par les bibliothèques à des fins de conservation permanente. (…) Le deuxième problème concerne les pratiques d’acquisition des bibliothèques, (…). La pratique actuelle qui consiste à offrir ensemble version électronique et version papier d’une même publication contribue à augmenter le coût unitaire et n’est pas de nature à répondre aux besoins des bibliothèques clientes. Les éditeurs doivent être encouragés à modifier leur politique de prix, actuellement contraire à une gestion efficace des bibliothèques et au développement durable de l’information en réseau. (…) Le troisième problème concerne les modalités d’accès et le principe de l’usage équitable, c’est-à-dire la pratique générale qui consiste à autoriser légalement la copie ou l’extraction d’un document protégé par un droit d’auteur, dans le cadre d’études, de recherches, de commentaires ou encore, afin de faire progresser la connaissance et servir d’autres objectifs sociaux. Les consortiums de bibliothèques devraient viser la licence perpétuelle et prendre les mesures nécessaires pour archiver les contenus qu’ils achètent (être autorisés, par exemple, à faire des copies de sauvegarde). Ils devraient par ailleurs bénéficier de toute la souplesse nécessaire s’agissant du choix des formats et des normes relatif aux contenus mis à leur disposition.
  • L’expérience des bibliothèques est importante dans la mesure où les particuliers faisant l’acquisition de publications électroniques pourraient un jour se heurter au même type de problèmes. Même un individuel pourrait un jour éprouver des difficultés à se constituer une collection de livres électroniques étant donné que la rapidité d’évolution des programmes et des technologies rend l’archivage des plus délicats. Cette impossibilité de « fixer » les contenus pourrait créer une situation de dépendance à l’égard de l’offre des producteurs, les consommateurs étant obligés à chaque fois de mettre à jour l’ensemble des contenus dont ils sont propriétaires. Les politiques d’achat pourraient finalement s’apparenter à celles que l’on retrouve aujourd’hui dans les secteurs des télécommunications et l’audiovisuel. Les contenus pourront être consultés ou loués, mais jamais définitivement acquis, et les particuliers pourraient se trouver dans l’obligation de reconstituer leurs collections personnelles (et, partant, leurs propres connaissances) chaque fois qu’elles leurs sont présentées dans un « emballage » différent. C’est ce qui s’est produit dans le cas du disque de vinyle et aujourd’hui, c’est ce qui est en train de se produire avec les vidéos analogiques remplacées par la technologie DVD.

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Le monde québécois du livre et ses coulisses, guide pratique et critique, Serge-André Guay, Fondation littéraire Fleur de Lys. Cliquez sur la couverture ci-dessus pour en savoir plus.

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